© Gallimard / F.X. Emery - L. de Selva.

Les découvertes archéologiques fortuites permettent difficilement de reconstituer l'histoire de l'occupation du Queyras.
"Titus Vennonius, fils de Smertullus, de la tribu Quirina (ayant obtenu) le droit de cité (romaine) pour avoir géré une magistrature".

Les premiers habitants

L'installation de groupes sédentarisés est vraisemblablement récente, vers le Vème ou le IVème millénaire. Des vestiges retrouvés à Saint-Véran ont pu ête datés datés à 1500 av. J-C. et d'autres, de la nécropole de Peyre-Haute, au-dessus de Guillestre témoignent d'une implantation sédentaire avant la conquête romaine.
C'est à cette population, nommée les Quariates, que certains attribuent l'origine du nom Queyras.
Grâce à une inscription des Escoyères (réemployée comme linteau de la chapelle), on sait que ce village était, à l'époque romaine, le lieu central d'implantations humaines. Des fouilles récentes ont mis en évidence l'activité de la mine de cuivre de Saint-Véran.
Comme toute vallée alpine, le Queyras revendique également d'avoir été la voie de passage prise en 218 av. J-C. par Hannibal, avec ses troupes et ses éléphants, à partir du site de Mont-Dauphin, par le chemin des Escoyères jusqu'au col de la Traversette.
Vers le Vème siècle de notre ère, le Queyras n'échappe pas aux invasions qui mettent fin à l'Empire romain.

 

   

Le règne des Dauphins

Dans cette société paysanne émergent quelques paysans plus aisés et des nobles modestes qui s'entendent pour limiter le pouvoir du Dauphin. Ceux de Château-Queyras se réservent davantage de pouvoirs. Au milieu du XIIIè siècle, la population était équivalente à 1181 feux (environ 5 000 personnes). Les villages les plus peuplés sont alors Arvieux, Molines et Château-Queyras.
Le XIIIè siècle apparaît comme un siècle de prospérité pour l'ensemble du Briançonnais.
Le Queyras profite de l'activité des flux commerciaux.
Grâce aux bénéfices du commerce, les communautés peuvent racheter en 1343 à Humbert Il, suzerain endetté, les privilèges et les droits pour constituer l'Escarton sur les bases de la solide administration mise en place par le Dauphin.

 

   

La fin du moyen-âge

La grande dépression de la fin du Moyen-Age met à mal la prospérité du XIIIè siècle. Si le Queyras reste relativement à l'écart des combats de la guerre de Cent Ans, la population subit les effets dévastateurs de la grande peste noire. En 1474, on recense seulement 580 foyers. Même si le Queyras est moins marqué que d'autres vallées des Hautes-Alpes, le passage des Vaudois va laisser des influences durables. À partir de 1450, un contexte plus favorable permet une reprise démographique et des échanges commerciaux.

 

   

L'Escarton du Queyras

Par la Charte signée en 1343 avec Humbert II, l'Escarton du Queyras, Constitué de sept communes (Arvieux, Abriès, Aiguilles, Château-Ville-Vieille, Molines, Ristolas et Saint-Véran), s'affranchit des redevances foncières et de l'essentiel des impôts, et obtient des franchises municipales importantes. Les communautés, qui peuvent se réunir sans autorisation pour leurs affaires communes et élire leurs officiers et leurs consuls, bénéficient alors d'une grande liberté. Cette autonomie de gestion, elles la partagent avec les communautés des quatre autres escartons. Ensemble, elles forment le Grand Escarton du Briançonnais. Celui-ci est cependant fractionné en 1713 avec la cession des escartons piémontais au duché de Savoie.

"L'armoire aux 7 clés" est LE symbole du fonctionnement de l'escarton ainsi que de la solidarité voulue et organisée par les institutions locales. Cette armoire contenait les archives de la vallée, et se trouve toujours à Ville-Vieille, siège de l'escarton. Réalisée en 1773, ce meuble est en fait fermé par 8 serrures; les 7 communes possédaient chacune une clef, tandis que le secrétaire de la vallée avait la sienne. L'armoire n'était ouverte qu'en présence de l'ensemble des représentants.

 

   

Questions religieuses

Si les Vaudois n'ont jamais eu d'effectifs très importants en Queyras, ils ont en revanche une réelle influence.
A partir des années 1560, la doctrine calviniste est prêchée dans l'ensemble des vallées, entraînant de très nombreuses conversions. Durant près de vingt ans, les luttes entre les communautés sont sévères.
La proclamation de l'édit de Nantes en 1598 ramène le calme et la coexistence entre les communautés. On reconstruit les églises et on implante des temples, notamment à Arvieux, Abriès et Molines, où les réformés sont les plus nombreux.
A partir de la révocation de l'édit de Nantes (1685), les départs sont massifs. D'autres abjurent pour rester et pratiquent leur culte en secret.
En 1713, le traité d'Utrecht, met fin à la guerre de Succession d'Espagne et au conflit avec le duc de Savoie. Il permet le retour de la paix, mais il entérine la fin du Grand Escarton.

Au siècle suivant, le Queyras reste relativement à l'écart des troubles de la Révolution et de l'Empire. En dépit de la réorganisation administrative, la tradition des escartons perdure dans la manière de gérer la communauté villageoise.

Depuis 1830, date du dernier pic démographique, la population diminue régulièrement, passant de 8 000 personnes environ à 4 400 en 1901.

 

   

Ouverture et fermeture du Queyras

En 1856, le Queyras est relié à Guillestre et, en 1884, le train arrive pour la première fois à Mont-Dauphin, desservant la place forte et les vallées alentour.

En 1893, l'ouverture de la route du col de l'Izoard permet de rejoindre Briançon. Le tracé de nouvelles voies de circulation facilite l'arrivée des touristes à la fin du siècle. La construction de deux hôtels à Aiguilles et Abriès traduit l'engouement pour un pays que les anciens migrants cherchent à aménager et à faire connaître.
Les villages du Queyras sont parmi les premiers d'Europe à être équipés électriquement.
Cependant, le Queyras, reste à l'écart des grands axes de communication, reste un pays retiré. Il faudra attendre presque un siècle pour que cet isolement se mue, avec la notion de pays préservé.

 

   

Les deux guerres

Le Queyras subit les effets de la surmortalité de la guerre de 14-18. Elle prend place dans une situation démographique déjà critique, en raison des départs définitifs des jeunes des villages. Lors du second conflit mondial, le Queyras, en raison de sa position frontalière, est une zone menacée. Durant le printemps de 1940, la plupart des familles sont évacuées. Mais le pays est aussi une zone refuge où les familles installées à Marseille vont trouver protection et nourriture. En revanche, les occupations italienne et allemande se traduisent par des escarmouches avec les maquisards et surtout, en 1944, par le bombardement qui détruit en grande partie le village d'Abriès et plus radicalement encore celui de Ristolas.

 

   

Le renouveau

Avec les premiers téléskis, mis en place dans les années 1930 à Abriès, Saint-Véran et Aiguilles, le tourisme hivernal se développe. Les premiers alpinistes sont suivis par les premiers ethnologues qui veulent découvrir un pays qui a conservé ses paysages et un art de vivre traditionnel. Depuis 1977, un parc naturel régional continue de développer l'idée d'un pays préservé autour de ses stations-villages. La meilleure traduction de la vitalité du pays tient dans le redressement démographique mais aussi dans le maintien ou le développement d'activités locales. L'artisanat du bois a pris le relais et participe largement à l'activité économique du pays.